Golgotha-sur-Seine

La butte Montmatre vu au Louvre, dans une peinture du Maître de Saint Germain

Un lieu en hauteur, à quelques kilomètres de la ville. Voilà qui est chargé de sens pour les chrétiens. Surtout pour les chrétiens du Moyen-Age. Montmartre c’était un peu leur Golgotha. Ils y voyaient le lieu d’un martyre en tout point comparable à celui du Christ.... 

 

 

> Quittez le Sacré-Coeur, en redescendant la première volée de marches.

> Traversez la rue, descendez la volée de marches suivante, en vous frayant un chemin parmi les musiciens, les montreurs de marionnettes, les acrobates et leur abondant public assis sur les marches.

> Au pied des marches, tournez à droite en direction du funiculaire de Montmartre. Vous êtes dans la rue Saint Eleuthère, comme vous pouvez le vérifier sur la plaque placée devant le square Nadar. 


Plaque de la rue Saint Eleuthère, Montmartre, Paris

On raconte que les romains auraient supplicié sur la butte un certain Denys. Mais, dans le monde chrétien, les martyrs vont par trois, c'est bien connu. La légende a donc  adjoint à ce Denys deux compères, un peu comme les deux larrons condamnés en même temps que Jésus. Les compagnons d’infortune de Denys s’appelaient Rustique et Eleuthère. 


Mont du martyre

Si Rustique et Eleuthère, les deux compagnons de Saint Denis, ont toujours droit aux honneurs de la ville, c’est parce que la légende de leur martyre sur les hauteurs de Paris a puissamment marqué les esprits et traversé le temps. On en trouve même la trace dans le nom de la butte. Montmartre signifie «Mont des martyrs». Le langage véhicule ainsi le souvenir de notre Golgotha-sur-Seine. Via la rue Montmartre et la rue des Martyrs, Montmartre fut, pendant des siècles, un lieu de pèlerinage, dans les pas de Saint Denis.

 

Miraculeux transport de tête 

Mais qui donc était ce Denis (ou Denys) si vénéré des parisiens ? Missionnaire, envoyé en Gaule par les chrétiens de Rome, il aurait évangélisé Paris, vers le milieu du 3ème siècle. Ce qui en ferait le premier évêque de la capitale. Et son premier grand martyr.


Denis le missionnaire aurait été supplicié par l’occupant romain vers 250. Selon la légende, on lui trancha la tête à Montmartre. Il la prit alors sous son bras et marcha jusqu’à un hameau au nord de la butte  (aujourd’hui la ville de Saint Denis) où il donna sa tête à une romaine nommée Catula et finit par mourir : c’est le miracle de la céphalophorie (littéralement transport de tête), dont plusieurs Saints auraient, ici ou là, fait l’expérience (comme Sainte Quitterie à Aire-sur-l’Adour).


Ils ont entretenu la légende

Deux personnalités ont contribué à ancrer dans la tête des parisiens l’histoire du saint céphalophore. Sainte Geneviève, héroïne mythique de la résistance parisienne face aux Huns et sainte patronne de la ville, aurait, au 5ème siècle, fait bâtir une église dans le vicus Catuliacus (hameau de Catula), sur le lieu même du tombeau de Saint Denis : c'est le lieu où ont été construits la basilique de Saint-Denis, à l'époque mérovingienne, puis un monastère bénédictin vers 650.

A partir de Dagobert 1er (629-639), la basilique devint la sépulture des rois de France. Et l'abbaye abrita les symboles de la monarchie : les couronnes, les sceptres et l'oriflamme de Saint-Denis que les rois emportaient au combat.


Au milieu du 9ème siècle, un des abbés de Saint Denis, Hilduin, a réécrit et entretenu la légende du saint céphalophore.

 

Lieu de grands pèlerinages

L’étonnant parcours de Saint Denis, la tête sous le bras, a inspiré les chrétiens et donné naissance à de nombreux pèlerinages. L’un d’eux conduisait les parisiens de l’église Notre-Dame-des-Champs à la Basilique Saint-Denis, en suivant pas à pas les différentes étapes du martyre de Saint Denis à travers la ville et la campagne (sur le modèle de la Passion du Christ et de ses «stations»). 


> Continuez à remonter la rue Saint-Eleuthère. Un peu plus haut, vous allez croiser la rue Saint Rustique. Laissez la sur votre gauche.

> Remontez la rue Saint Eleuthère jusqu’à la rue du Mont Cenis.

> Au sommet de la rue du Mont Cenis, portez votre regard sur la banlieue, au Nord de Paris. Vous avez face à vous  la ville de Saint Denis, célèbre pour son abbaye et sa basilique (mais aussi le grand stade de France, que vous devinez au loin).



Un autre grand pèlerinage, tous les sept ans, conduisait les moines de l’abbaye de Saint Denis jusqu’à l’abbaye de Montmartre. Entre Pâques et Pentecôte, ils portaient en grande procession un reliquaire en or représentant la tête de leur saint patron. Le précieux chef était couronné d’une mitre d’évêque couverte de pierreries et de perles.


La procession marquait un premier arrêt dans une chapelle du village de Clignancourt, au pied de la butte (emplacement de l’actuel mairie du 18ème, place Jules Joffrin). Là, des représentants de l’abbesse de Montmartre venaient à la rencontre des moines de Saint Denis et les accompagnaient jusqu’à la butte. Enfin, après deux grandes messes, un Te deum et des litanies, les pèlerins s’en retournaient le soir même à Saint Denis.

 

La grande procession eut lieu, une dernière fois, en 1784. La Révolution y mit un terme. 

 


Un lien direct avec la Passion du Christ
 


Au 15ème siècle, un peintre allemand travaillant à Paris, connu sous le nom de Maitre de Saint Germain des Prés, représenta une Piétà sur fond de décor parisien ( Louvre, Ecoles du Nord, aile Richelieu, 2ème étage salle 7 ).


On peut admirer à gauche du tableau, la butte Montmartre surmontée de son prieuré. On peut aussi par un admirable effet de symétrie, voir le Christ en croix, représenté sur la droite du tableau. Ainsi, de manière subliminale, le peintre a-t-il mis en parallèle le Golgotha, où fut crucifié Jésus, et la butte Montmartre, où fut décapité l’évêque Denis.


Montmartre 2000 ans d'histoire