Places des Abbesses, un monde englouti

Le passage des Abbesses, Montmartre, Paris

Place des Abbesses. Quelles abbesses? De l'ancienne abbaye des bénédictines de Montmartre, démontée pierre par pierre après la Révolution, il ne reste qu'un nom de lieu. Un lieu fantomatique qui a également vu disparaitre corps et biens la mairie où siègèrent Clemenceau et Clément.

 

Un passage escarpé au flanc de la Butte. C'est le chemin que vous allez emprunter pour rejoindre la place des Abbesses. Les bénédictines de Montmartre l'ont monté et descendu pendant des siècles. Il serpentait entre «l’abbaye du haut», le prieuré fondé au 12ème siècle sur la butte, et «l’abbaye du bas», construite au 17ème siècle autour de la chapelle du martyre (relire notre article «Un prieuré peut en cacher un autre»). 

 

Au 17ème siècle, après la construction de «l’abbaye du bas», une riche donatrice proche de la cour, finança la construction d’une galerie en bois, longue de 400 mètres qui permettait aux bonnes soeurs d’emprunter l’escalier à l’abri. Cette galerie se situait grosso modo sur le parcours que vous allez suivre à partir de la place du Tertre.


> Depuis la place Jean-Baptiste Clément, remontez la rue Norvins jusqu’à la place du Tertre.

> Puis longez la place sur le côté droit et continuez jusqu’à l’escalier qui plonge vers le bas de la butte.

> Au bas de l’escalier, remontez la rue Gabrielle sur la gauche jusqu’à la rue Drevet.

> Descendez la rue Drevet jusqu’à la rue des Trois frères.

> Enfin, continuez tout droit dans la rue La Vieuville  jusqu’à la place des Abbesses. Vous voici à l’emplacement de «l’abbaye du bas». 


Nulle trace de l'abbaye des bénédictines 

La place des Abbesses c’est un peu comme «la résidence des pins». Le nom évoque la mémoire de quelque chose qui a disparu. Vendue pendant la Révolution comme bien national, l’abbaye a été démantelée pierre par pierre. Il n’en reste strictement rien. 


La seule trace des bénédictines se situe, comme vous le savez, là haut sur la butte à Saint-Pierre de Montmartre, église du premier prieuré (relire ou lire notre article «Sur les traces de l’abbaye perdue»). Un joli héritage dont nous avons bien failli être privé. En 1895, l’église Saint-Pierre, en très mauvais état, était menacée de destruction.  


Eglise Saint-Jean-de-Montmartre, place des Abbesses, Paris 18ème

Une nouvelle église se bâtissait alors au sud de la butte : l’église Saint-Jean, que l’on peut encore admirer au 19 rue des Abbesses. Oeuvre de l'architecte Anatole de Baudot, cet édifice, construit entre 1894 et 1904 fut l’objet de vives critiques et même d’un procès. Et pour cause ! Il s’agissait de la première utilisation du béton armé dans un bâtiment religieux. 


 

Les Montmartrois l'apellent Saint-Jean des briques 

Inspiré de l'Art nouveau, le style de l’église Saint-Jean-de-Montmartre (baptisée Saint-Jean des briques par les vieux Montmartrois) est en totale rupture avec les églises de la deuxième moitié du 19ème siècle comme Saint-Bernard-de-La-Chapelle ou Notre-Dame-de-Clignancourt. Admirée aujourd’hui pour ses formes audacieuses et ses décors de céramiques, l’église Saint-Jean vaut incontestablement le détour. Outre sa façade, prenez le temps d’admirer sa galerie intérieure, ses vitraux d’angle, ses décors de céramique. 


Clemenceau au secours de Saint Pierre

Tandis que l'église Saint-Jean sortait de terre, l'église Saint-Pierre menaçait ruine. C’est finalement Georges Clemenceau, ex-maire du 18ème et alors sénateur, qui sauva de la destruction la petite église sur la butte. Le sauvetage fut entrepris entre 1900 et 1905. Elle a notamment été dotée d’un nouveau clocher. Ensuite, l’église a fait l’objet d’une importante restauration en 1988-89. 


Nulle trace de la mairie de Clemenceau et Clément

L’abbaye de Montmartre n’est pas le seul fantôme de la place des Abbesses. On chercherait en vain la mairie inaugurée en 1837 par le préfet Rambuteau, où siégea jusqu'en 1860 le maire de Montmartre, puis de 1860 à 1890 le maire du 18ème arrondissement. Seule une plaque en rappelle l’existence dans le square Rictus (hommage au poète Jehan-Rictus). 


La mairie disparue a eu son importance dans l’histoire : Georges Clemenceau, y exerça très brièvement en 1870-71, la fonction de maire. Jean-Baptiste Clément lui succéda le 26 mars 1871, en sa qualité de membre du Conseil de la Commune, élu du 18ème arrondissement. 


En 1890, la mairie du 18ème arrondissement fut transférée dans ses nouveaux et vastes locaux de la place Jules Joffrin. Et le bâtiment de la place des Abbesses fut détruit.

 

Montmartre 2000 ans d'histoire

 
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