Quand le style Louis XV rencontre les Lumières

Avec le souffle des Lumières, le Palais des rois cherche à se convertir en Palais de l’intelligence. Tandis que Soufflot et Gabriel achèvent la Cour Carrée avec tout l’élégance du style Louis XV, les bases d’un projet de musée sont peu à peu jetées. 

 

Le Louvre après le départ de Louis XIV à Versailles, salles d'histoire, le Louvre

Avec le départ de la Cour pour Versailles, le Louvre a pris des airs de Cour des Miracles. Une vie interlope s’est emparée de la nouvelle aile orientale, dont le chantier a été abandonné dès 1678.


Des proscrits, trouvant dans la maison royale un lieu d’asile, y élurent domicile, bientôt rejoints par toute une population d’exclus. Un «squat» à grande échelle s’organisa, avec ses gargotiers, ses prostituées, et même ses écuries au rez-de-chaussée de l’aile orientale. 


A l’Ouest et au Sud du palais, les appartements du roi et de la reine échappèrent, bien sûr, à l’occupation. Les académies nouvellement créées s’y étaient installées : académies de peinture et de sculpture, académie des sciences, académie des inscriptions, académie d’architecture. Ainsi, toute une vie intellectuelle et artistique s’empara du palais.

 

 

> Revenez dans la Cour Carrée, par le porche Sud.

> Dirigez-vous vers le centre de la cour. 

> Asseyez vous sur le rebord du bassin, en faisant face à l’aile orientale (la Seine est sur votre droite).

 

 

Sous la régence de Philippe d’Orléans (1715-1723), le roi fut prié de revenir à Paris pour se rapprocher du peuple. Tandis que le Régent élut domicile au Palais Royal, le jeune Louis XV, âgé de six ans, s’installa aux Tuileries. Il y séjourna de 1716 à 1722. C’est à la fin de cette période que la jeune promise du roi, l’infante d’Espagne Marie-Anne Victoire, âgée de quatre ans, résida quelques mois, au Louvre, dans les appartements des reines mères. 

 

Le jardin de l'infante, Le Louvre, Paris

Le court séjour de Marie-Anne Victoire donna lieu au réaménagement du jardin côté Seine, dès lors rebaptisé le Jardin de l’infante. Le nom est resté bien que le roi ne convolât jamais avec la fillette : on craignait, vu son jeune âge, qu’elle ne donnât avant longtemps une descendance au roi ; l'infante Marie-Anne Victoire fut donc réexpédiée en 1725 de l’autre côté des Pyrénées, au prix de quelques mois de brouille diplomatique entre les deux pays.

 

Le séjour du roi à Paris eut une autre incidence sur le paysage. On orna le jardin des Tuileries de belles statues de marbre provenant des parcs de Versailles et de Marly. On peut aujourd’hui les admirer dans les Cours Marly et Puget du musée du Louvre. On construisit également, au Nord du jardin, un manège, qui devait devenir, quelques années plus tard, le siège de la première assemblée nationale.  

 

Après le retour du roi à Versailles en 1723 et son exercice effectif du pouvoir pour de très longues années, le Louvre se prépara à changer de vocation. Avec la période dite des Lumières, marquée par l’émergence des Philosophes et des Libres penseurs, l’idée d’exposer les collections royales fit son chemin : on les présenta au palais du Luxembourg. C’est l’époque où la notion même de musée (accès direct du public aux oeuvres) s’imposait dans les esprits à Rome, à Paris et ailleurs.

Le marquis de Marigny, frère de la marquise de Pompadour


Certains proches du roi, comme sa maîtresse, la marquise de Pompadour et le frère de celle-ci, Abel-François Poisson de Vandières, marquis de Marigny (photo ci-contre), n’étaient pas étrangers à ce souffle nouveau.

Directeur général des Bâtiments, Arts, Académies, Jardins et Manufactures du roi, de 1751 à 1773, le marquis de Marigny laissa une trace durable dans l’évolution du Louvre. Sous son impulsion, en 1756, le grand chantier de la Cour Carrée fut relancé. On mit fin au squat de l’aile orientale. Et l’on confia le soin de poursuivre les travaux entrepris sous Louis XIV à deux architectes de grand talent : Ange-Jacques Gabriel, premier architecte du roi, à qui l’on doit le Petit Trianon, l’Ecole militaire, l’Opéra royal de Versailles, la place de La Concorde (ex-place Louis XV) et Jacques-Germain Soufflot, contrôleur des bâtiments du roi, qui a notamment conçu la nouvelle église Sainte-Geneviève, c’est à dire le Panthéon.

 

Gabriel et Soufflot aménagèrent l’aile Nord pour accueillir le Grand Conseil et la dotèrent d’un passage, Le passage du Coq, dont on peut toujours admirer la colonnade classique dû à Soufflot. 

 

 

> Quittez le bassin central et dirigez vous vers l’aile Nord (vous tournez le dos à la Seine)

> Installez-vous sous le porche, au centre de l’aile Nord.

> Admirez le bel ordre à colonnes.

> Puis contournez le Louvre par l’Est, en longeant la façade de Perrault. 

  

A l’Est, les architectes Gabriel et Soufflot dégagèrent et restaurèrent la colonnade de Perrault. Au Sud, ils firent relier la façade de Le Vau à celle de Perrault, construite on s’en souvient à 15 mètres en avant ; ils firent aussi raser les dômes des pavillons aux deux extrémités, pour aligner les toits terrasses à l’Est et au Sud. 

 

> Dirigez vous vers le centre de la colonnade de Perrault.

> Empruntez le porche Sud, pour rejoindre la Cour Carrée.

> Reprenez votre position assise sur le rebord du bassin central, face à l’aile orientale (la Seine est sur votre droite).

 

Le fronton de la façade orientale de la Cour Carrée, Le Louvre, Paris

Enfin, à l’intérieur de la Cour Carrée, Soufflot et Gabriel achevèrent le deuxième étage de l’aile orientale, dont la colonnade de Perrault avait entraîné le rehaussement par rapport aux trois autres côtés de la Cour. Et ils firent réaliser un fronton, au dessus du porche central.

 

Outre ces grands travaux, le marquis de Marigny donna, en 1768, un coup de pouce au projet de musée, en proposant d’installer les collections de peinture du roi dans la Grande galerie et le Salon Carré.


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