Rive Gauche 1200 : un ange passe / 2

Portail de la chapelle de la vierge de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés

Suite de la visite dans le Paris de 1200, au Musée national du Moyen-Age...

 


> Toujours dans la salle 11, longez le mur du fond.

> Puis découvrez à l'extrémité droite du mur une série de colonnes toute fines provenant de la Sainte Chapelle.



Pourquoi diantre, aller poser les yeux sur ces fragiles colonnettes, alors qu’il y a tant d’objets plus attirants dans ce musée ? Parce que là d’où elles viennent vous n’auriez jamais pu aussi bien les observer. Dans la Sainte Chapelle, où elles ont été remplacées lors de la restauration du 19ème siècle, ces fines colonnes culminent entre 13 et 20 mètres le long des baies de vitraux. Impossible dans ces conditions d’en admirer la sculpture. Leur hauteur, tout comme le somptueux décor de verre qui les entoure, empêchent de découvrir l’incroyable herbier qui orne leurs chapiteaux : des feuilles de figuier, de rosier, de houx, de lierre, de houblon… Autant de plantes que le sculpteur pouvait tout à loisir observer dans la nature parisienne.

 

Naturelle simplicité 

Ce qui frappe c’est l’innocente simplicité de ce décor : rien de spectaculaire et d’ostentatoire. Une tendre simplicité, un naturel innocent, aussi émouvant et éternel que le sourire de l’ange de Poissy. Quoi de plus simple que les fleurettes qui ornent la main courante exposée sur le même mur, juste en dessous des colonnettes : cette main courante provient, elle aussi, de la Sainte Chapelle ; elle ornait une balustrade extérieure.

Nature, simplicité, douceur, tendre émotion… Au 13ème siècle, à Paris, la nature, dans son observation la plus directe et la plus fidèle évoque l’œuvre du Créateur. On l’observe, on s’en inspire, on en fait le décor des lieux les plus sacrés. Dans la Sainte Chapelle, elle est omniprésente. Lubie d’un artiste bucolique ? Certainement pas. Nous sommes dans un des lieux les plus sacrés de la chrétienté : la Sainte Chapelle, construite entre 1241 et 1248 par le très pieux roi Saint Louis et la reine Blanche de Castille, abrite les reliques de la Passion du Christ : la couronne d’épine et un morceau de la Croix. Ce qui, en matière de lieux saints et de pèlerinage, place Paris à la hauteur de Rome ! Ni lubie d’artiste, ni hasard. Le décor de plantes et de fleurettes doit donner un avant goût du paradis.


Douce spontanéité

En sortant de la salle 11, avant de traverser le couloir, arrêtez-vous et observez, juste en face de vous, le portail gothique qui sert d’entrée à la salle 8. Vous allez vous arracher un peu les yeux, tant la lumière est ici discrète. Mais votre effort ne sera pas vain.

Découvrez avec quelle liberté, feuillages et ramures serpentent le long des colonnes et partent à l’assaut de la pierre. En observant les colonnes de plus près, vous allez découvrir que les feuillages du houx, du chêne ou du châtaignier semblent pousser sur les chapiteaux. Tout est là ! Dans le décor végétal, omniprésent, mais surtout dans la liberté avec laquelle il se déploie. Oubliées les conventions de l'art roman, qui voulaient que les végétaux inspirés d’une nature idéalisée s’ordonnent selon des règles strictes sur les chapiteaux. Place au naturel et à sa douce spontanéité ! Quand on sait que ce décor a été voulu et approuvé par une star parisienne de l’architecture gothique, Pierre de Montreuil (1200-1267), on en mesure toute l’importance. Vous voici, chers amis, face à une trace d’histoire bien émouvante.

Ce portail est un des rares vestiges de l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, lieu mythique de l’histoire parisienne, ex-nécropole royale où fut inhumé le roi mérovingien Childebert 1er et ses successeurs, un lieu entièrement remanié et enrichi dans les années 1200 par Pierre de Montreuil : nouveau cloître, nouveau réfectoire et somptueuse Chapelle de la Vierge, conçue comme un havre végétal dont vous pouvez contempler, face à vous, le portail.

Las, la chapelle de la vierge de Saint-Germain-des-Prés a disparu corps et bien, en 1802, dans le percement de la rue de l’abbaye… Rue de l’abbaye ! Quelle dérision ! On célèbre la mémoire du lieu en le faisant disparaître. Un de mes amis nomme ce phénomène « le syndrome de la « Résidence des pins », résidence construite à l’endroit même où l’on a abattu les pins ! )

Si vous vouliez, outre ce portail, découvrir d’autres vestiges de la célèbre abbaye gothique, il vous faudrait faire un saut au Metropolitan Museum of Art de New York : on y conserve un vitrail de la chapelle de la Vierge…


Paris 1200 un ange passe