Zola fit sa révolution aux Batignolles

Un atelier aux Batignolles, par Henri Fantin-Latour

En s’installant aux Batignolles, Zola participa à la révolution impressionniste. Et fréquenta assidument le groupe des Batignolles au café Guerbois.

 



Oublié le café Guerbois, où Emile Zola rencontrait Edouard Manet et autres grands noms de l’impressionnisme  ! Au 9, avenue de Clichy (ex-grande rue des Batignolles), dans l’établissement fondé par Auguste Guerbois, où se joua une des plus importantes révolutions esthétiques, on ne trouve plus aujourd’hui qu’une banale boutique de fringues.

 





A bas les pantins !

Au café Guerbois, dans des échanges fréquents et souvent explosifs, se joua une révolution de la peinture, autour de Manet, Degas, Fantin-Latour, Renoir, Sisley ou Whistler. Mais aussi une révolution de la littérature, avec le grand Zola comme chef de file : « Etudier l’homme tel qu’il est, et non plus leur pantin métaphysique ». En lisant cette citation de Zola rapportée par Lucien Maillard dans son très bel article sur le groupe des Batignolles, on ne peut s’empêcher de songer à quelques célèbres «pantins métaphysiques» campés quelques années plus tôt par Victor Hugo dans les Misérables (1862) : les Marius, Gavroche, Enjolras et autre Jean Valjean...  Dans les Rougon Macquart (1871-1893). Zola peignit des hommes de chair et de sang... Et les peintres qu’il fréquentait partaient de bon matin dans la nature pour la voir vibrer.


Un pilier des Batignolles

Emile Zola par lui-même

En 1866, âgé de 26 ans, Emile Zola, avait choisi de s’installer, avec sa mère et sa compagne, dans le quartier des Batignolles, se rapprochant de Manet et d’autres artistes en rupture comme Sisley ou Bazille. Il vivra successivement rue Moncey, avenue de Clichy, rue de la Condamine, avant de rejoindre la rue Saint-Georges et la Nouvelle Athènes.

 

Cézanne, ami d’enfance

Zola et la peinture ? Une longue histoire d’amour ! Le grand peintre Paul Cézanne fut le premier à lire un livre d’Emile Zola.  A l’école, à Aix-en-Provence, quand Emile fait lire à Paul son premier roman, ils ont tout juste onze ans ! Emile dit alors à son copain de classe qu’il sera écrivain. Il avait bien raison. Journaliste et romancier, connu dans le monde entier pour ses livres, Emile Zola, a écrit toute sa vie… Il a aussi continué à être l’ami des plus grands peintres : Manet, Renoir, Pissarro, Sisley... 

 

Une vie d’écriture

Pas un jour sans une ligne. C’est la phrase (en latin) que Zola affiche dans sa maison de campagne de Médan (Yvelines). Toute sa vie fut une vie d’écriture. Elle commence dès son enfance à Aix-en-Provence où il produit vers et prose. En 1858, après la mort de son père, lorsqu’il rejoint Paris, à 18 ans, c’est à la lecture et à l’écriture qu’il s’adonne, quitte à être un cancre au lycée Saint-Louis. Recalé au baccalauréat, il s’embauche à la Librairie Hachette, tout en tissant des liens artistiques autour de ses amis d’Aix : Paul Cézanne lui permet de côtoyer les impressionnistes, Manet notamment. Tandis qu’il s’initie chez Hachette à la production et la promotion des livres, il publie « Les contes à Ninon » (1864) et ses premiers articles. Dès lors, il s’assure un début de notoriété comme critique littéraire. 

 

Des romans feuilletons

La presse assurera aussi la promotion de ses livres : tous ses romans ont été publiés en feuilletons. C’est cette œuvre romanesque, constituée pour l’essentiel des vingt tomes des Rougon-Macquart, qui le rendra populaire : écrite de 1871 à 1893, la vaste fresque familiale retrace les mutations du Second Empire et témoigne de la condition ouvrière (Germinal, L’Assommoir…). Tout à son œuvre, Zola se laissa peu distraire par les mondanités et la politique. Il tissa cependant des liens avec Mallarmé, Flaubert, Daudet ou les Goncourt. Et prit la défense du capitaine Dreyfus, notamment dans l’Aurore (« J’accuse), au prix d’un procès qui l’amènera à s’exiler plusieurs mois à Londres. Un engagement fort, mais une parenthèse dans une vie d’écriture.

 


> Découvrir  "Un atelier aux Batignolles du peintre Fantin-Latour, au musée d'Orsay